Carnet de voyage (Guinée 2012-5)

Les vautours se disputent le bout de gras d’une charogne jetée par la marée, prises de bec et claquements d’ailes à l’appui…

Vautours (Guinée)

Le lendemain, je reviens avec le chauffeur dans la même rue. Aussitôt les marchands m’entourent, me proposant les deux pierres examinées la veille.
La transaction effectuée après accord sur le prix, des hommes apparaissent soudain, m’ordonnent de restituer les diamants, arrachent l’argent des mains du vendeur et confisquent ma loupe ! Je proteste, je me débats car ils m’empoignent par le bras et je refuse de les suivre dans leur bureau.
Malgré leur emprise, je réussis à m’échapper pour me réfugier dans le 4×4 où m’attend le chauffeur. Celui-ci me défend en vain et il ne peut les empêcher de s’installer à l’arrière de la voiture. Je réalise qu’un vrai commissaire tempête devant moi alors que je croyais affronter des bandits !
Bientôt mon beau-fils me rejoint. Un attroupement se forme nourri par des policiers armés, ameutés par les éclats de voix. Les passants, bienveillants, prennent chaleureusement mon parti. Une femme, au «mouchoir de tête» élégamment assorti à son pagne, souligne que je suis une étrangère ignorant les lois du pays et que ces façons agressives donnent une mauvaise image de la Guinée. Les gens savent par expérience que ces fonctionnaires usent de leur autorité pour me déstabiliser et me soutirer ainsi quelques billets…
Mon beau-fils devra attendre de s’asseoir dans leur bureau pour découvrir mon «délit» : j’ai acheté deux «pierrettes» (petites pierres !) dans la rue où la vente est illégale.

Pendant trois heures, le commissaire dictera un procès-verbal grandiloquent comme s’il s’agissait d’un trafic de diamants se chiffrant en millions de dollars !
Au début, le directeur se heurte à mon beau-fils qui me défend. J’apprends qu’hier j’ai été repérée ; depuis les fonctionnaires du fameux bureau me surveillent, attendant que j’achète pour m’arrêter.
De son tiroir, le directeur exhibe avec emphase les passeports de grands contrebandiers arrêtés par leurs soins. Quoique j’avance pour ma défense, même si les pierres ne pèsent pas lourd dans la balance à carat, le mot «diamant» a été prononcé et, de ce fait, l’infraction prend du poids…
La peine encourue pourrait atteindre six mois à deux ans de prison, doublée d’une amende. «Le Procès» ou «Midnight express» me souffle une parano non dénuée d’humour…

(suite 6)