Carnet de voyage (Bornéo 2012-6)

Cempaka

Près de Cempaka, une immense mine s’étend à perte de vue donnant principalement de l’or, des diamants incolores et de couleurs.
En août 1965, on y a extrait un célèbre diamant rose pesant 166 carats, le «Tri Sakti» (trois fois sacré) qui a été taillé à Amsterdam. Aujourd’hui, on trouve surtout de petites pierres mais plus d’un mineur espère…
Une route jalonnée de maisons traditionnelles mène à l’entrée de ce gisement secondaire : gisement où le diamant a été transporté loin de son lieu d’origine, le plus souvent par eau.
Les motos des mineurs me dépassent sur les chemins boueux où je m’enlise souvent car les pluies torrentielles d’hier ont détrempé le sol. Passages à gué et ponts vermoulus aident à franchir nappes d’eau et ruisseaux.
Parfois seule une pirogue permet la traversée.

Pirogue mine diamants Bornéo

Autour de ce territoire paissent quelques vaches décharnées. Des sites individuels, indiqués par des warungs (bars) coiffés de bâches rudimentaires, ponctuent l’ensemble du lieu et servent de repère. Sous ces auvents, les femmes préparent café et petits plats.
Un ouvrier avance un pli contenant des quartz chatoyants et un cristal de roche : à cette heure matinale, pas la couleur d’un diamant dans les mains des travailleurs !
Peu à peu, les sites se peuplent car la foule des mineurs arrive parfois par groupes de cinq motos, chacune pouvant transporter deux ou trois individus. Certains viennent à pied ; des femmes participent aux travaux, souvent en creusant à la pelle. Une majorité de jeunes gens défilent mais je croise aussi des personnes très âgées. Ainsi, ce vieil homme gratte la terre de ses mains : il remplit un panier dont il déposera le contenu plus loin pour le tamiser.

Mineur diamants Bornéo

Un homme manie une batée conique en lui infligeant les ondulations qui permettent de repérer si un diamant gît dans les graviers.
Les pompes, placées au fond des excavations, sont les seules machines, toussant et crachant de petits nuages de fumée.

Pompes mine diamant Bornéo

La terre et l’eau, où le diamant est supposé reposer, remontent sous l’action de la pompe et passent par un réseau de tuyaux. Une des extrémités du tuyau est fixée à une pompe et l’autre à un des toboggans s’élevant à la surface. L’ensemble forme un enchevêtrement très compliqué de longs tuyaux, chacun bien raccordé à une pompe et à un toboggan.

Toboggan dans mine diamant Bornéo

Quand la boue arrive sur le toboggan, elle est dégrossie avant de passer au tamisage.

Sur la route du retour, je hèle bientôt un angkhok vert (minibus) pour Banjarmasin.
À mi-chemin, crevaison ! Mais le chauffeur, imperturbable, a plus d’une clé anglaise dans son sac : en quinze minutes, il change la roue et serre la vis !
De la gare KM6, je rejoins l’hôtel en taxi après sept heures d’absence…

Je déguste un ayam (poulet) servi dans des feuilles de bananier formant un petit sac tandis que le marché de nuit déballe ses étroites voitures pour attirer les chalands jusqu’au matin. Un vrai bazaar !

(suite 7)