Carnet de voyage (Sri Lanka, Negombo 2008-1)

Negombo

Me voici à nouveau en pays chrétien puisqu’une partie de cette ville de pêcheurs pratique la religion catholique dans des églises aux couleurs vives. Mon nom étonne et amuse car, ici, beaucoup d’hommes se prénomment Jude.

Ma chambre donne sur une petite mare sertie par un jardin piqué de fleurs rouges. Des poissons s’y prélassent, immobiles. Invisibles le jour, les grenouilles coassent en trouant la nuit de leur chant strident de crécelle.
Un cafard court dans la salle de bains ; j’en ai vu d’autres, plus gros en Birmanie… Sombre tache mouvante, un lézard escalade le mur de ma chambre tandis que, accablée par la chaleur et le décalage horaire, je ferme les yeux sur cette intrusion…

Sur la plage, un koké, oiseau blanc de la famille du pélican, rythme ses pas de petits cris, à la recherche de poisson. Des crabes, parfois minuscules, sortent prudemment de leur trou en quête de nourriture. Ils courent très vite sur la pointe de leur pinces, guettés par les corbeaux.
La mer rugit, lutte avec le vent dans un corps à corps dangereux pour le nageur.
Blasés par ce spectacle, des chiens errants dorment sur le sable mouillé et pollué, près de méduses échouées.

Les Sri Lankais attendent les touristes avec impatience pour meubler cette immense plage trop déserte. La conjoncture se révèle très difficile : la guerre dans le Nord, les attentats récurrents, le prix du pétrole expliquent pourquoi en cinq ans, même en tendant bien l’oreille, fifteen est devenu fifty

Anciennement, Ceylan se nommait Ratnadvipa : l’île aux gemmes. Sa terre donne une grande variété de pierres, surtout dans la région de Ratnapura.

Lot de pierres Sri Lanka

Un nouveau gisement d’aigues-marines a été découvert l’année dernière à Opanayake,  près de Kandy.

J’observe un saphir très sombre à la couleur craquelée par un traitement thermique raté. Le commerçant demande un prix élevé affirmant qu’il le vendra en pierre d’horoscope à un natif de septembre. Il m’invite à admirer de magnifiques saphirs noirs étoilés.

Un autre bijoutier me présente un saphir bleu très pâle qu’il classe dans les gemmes de haute qualité. Malheureusement, l’étoile de cette pierre ne doit rien à la nature. Il prétend pourtant qu’il n’y a pas de traitement au Sri Lanka.

Malhonnêteté ou ignorance ?
Ignorance qui ne veut rien savoir…

Tapi derrière une barque, un montreur de singe guette le touriste. Il insiste pour que son animal famélique me joue des tours…

Un commerçant me met en garde contre «la zone de la mafia» située en haut de la rue. Ces gens-là ne vendraient que des traitements illicites, contrairement à lui. Le gouvernement punit sévèrement ces transactions, souligne-t-il. Pourtant la plupart de ses péridots présentent des signes de traitements… Je lui explique que j’en cherche pour mes cours. Il finit par sortir d’un tiroir plusieurs sachets remplis de pierres traitées par différents procédés. Les sachets, répartis par lots, portent chacun un numéro : il ne les propose certainement pas pour la première fois…

Il avoue qu’à part moi personne ne voit la différence; il se réjouit de mes connaissances.
Pas autant que moi…

(suite 2)