Carnet de voyage (Sri Lanka 2003)

Un bon filon

Ce matin, en traversant le pont, j’ai aperçu les gens qui hier tamisaient la terre du canal de Negombo. Étonnée, je ne pouvais pas croire qu’ils cherchaient des pierres ou de l’or dans cette eau boueuse ! Je notais qu’ils n’utilisaient pas le panier qui sert à tamiser la terre extraite de la mine mais la batée des orpailleurs.

Intriguée, j’ai demandé aux commerçants assis nonchalamment devant leurs boutiques au-dessus du pont à quoi s’occupaient les gens accroupis sur le bord du canal.

« Ils cherchent de l’or ! » affirma le patron d’une boutique de tissus.

J’observais à nouveau nos présumés orpailleurs : ils accomplissaient les mêmes mouvements que les chercheurs d’or, mais il me semblait toujours impossible que l’on trouve de l’or dans cette eau vaseuse !

Chercheuse d'or, canal de Negombo Sri Lanka

Devant mon air peu convaincu, le patron a fini par m’expliquer ce qui se passait réellement… Negombo possède de nombreuses bijouteries dont les ouvriers travaillent l’or. Une précieuse poussière s’envole de cet or et se répand sur leur peau, leurs cheveux et leurs vêtements. Le soir, quand ils prennent leur douche, cet or accumulé sur eux s’écoule dans l’eau en prenant la direction du canal. Là, des gens très pauvres cherchent à recueillir ces fines particules d’or scintillant dans la glaise noire pour les vendre ensuite à bas prix aux bijoutiers.

« Si on trouvait de l’or dans le canal, nous serions tous riches ! » s’exclama le commerçant, les bras levés théâtralement vers le ciel.

Je m’amuse à penser que par le canal de leur douche, les bijoutiers retrouvent ce qui leur est propre.

« Le bien d’un homme n’est jamais perdu » assure la sagesse du Yi King…

Clémence Jude,  2003

Guide de terrain Sri Lanka