Carnet de voyage (Guinée 2012-2)

Conakry

Aux embouteillages, des vendeurs très mobiles suivent les voitures au petit trot écoulant cartes téléphoniques, serviettes à toiletter le pare-brise, berlingots d’eau et autres boissons glacées…

Si les gemmes manquent dans la plupart des bijouteries, Conakry possède sa rue des diamantaires dans le quartier populaire de Kaloum. À part l’enseigne d’un magasin protégé de barreaux bleus, les boutiques n’avouent aucun commerce avec le diamant.
Pourtant, dans ces immeubles anodins, des négociants réagissent promptement à la sonnerie du portable. Ils se rencontrent aussitôt dans un bureau qu’ils animeront pendant des heures de leurs âpres négociations.

Négociants en or et diamants Guinée

Ils ouvrent des plis froissés évoquant peu les plis doublés de papier cristal propres à cette pierre de haute dureté. Néanmoins, ces enveloppes blanches contiennent des diamants bruts de plusieurs carats très peu inclus ou de parfaits octaèdres de belle couleur.
Le va-et-vient des petits vendeurs, appelés à la rescousse pour présenter leurs pierres et agrandir le choix, allonge considérablement les discussions… Un marchand souligne qu’établir le prix d’une pierre évaluée au départ à cinq mille dollars peut prendre plusieurs semaines.
Je n’ai ni le temps, ni l’argent…
Sur la table une balance côtoie un polariscope de fabrication russe ancienne génération, parfois utile pour différencier le diamant de certaines pierres incolores.

Polariscope russe chez diamantaire, Guinée

Avant mon départ, un prospecteur m’a indiqué où se cache cette rue sans nom à laquelle on accède en se référant au commerce le plus proche. Si, grâce à un contact local, l’intéressé réussit à s’introduire dans ce milieu très fermé, il observera des diamants extraits des mines de Banankoro, Kissigoudou, Forécariah, Kindia ainsi que des échantillons du Liberia et de la Sierra Leone d’où viennent les «diamants de sang» surnommés «diamants rouges». Bien malin qui reconnaîtra la provenance de ces pierres mélangées dans les plis présentés…

Un bleu,  obtenu en se frappant régulièrement le front sur le tapis de prière,  désigne un bon musulman…

(suite 3)