Carnet de voyage (Sri Lanka 2001-1)

Ratnapura

J’écris sur un papier humide que le ventilateur ne parviendra pas à sécher. À Ratnapura, il pleut plusieurs fois par jour en juin, mois où la mousson sévit le plus. Mais, qu’il pleuve ou non, la peau et les vêtements sont maintenus dans une moiteur constante. Une façon originale de profiter des bienfaits du sauna à peu de « frais »…

Dès que j’ai trouvé un hôtel au-dessus de la station de bus, je pars à la découverte de la « cité des gemmes » (en cingalais, ratna signifie pierre et pura : cité). Ici, on extrait quatre-vingt-dix variétés de gemmes dont le fameux « Saphir de Ceylan ».

Je demande plusieurs fois le chemin des mines mais en réponse, on essaie de me vendre des pierres. Même le conducteur de túk-túk, ce véhicule à trois roues aussi pratique que bruyant, me conduit à une usine de taille de pierres. J’en visiterai une plus tard. Pour l’instant j’insiste, je continue à demander ce chemin que personne ne semble connaître. Par contre on m’entoure, on me suit, on tente par tous les moyens de m’entraîner chez les commerçants dans l’espoir de percevoir une commission de 20 % sur mes éventuels achats.

Je décide donc de chercher seule ce chemin aussi je sors de la ville à pied en empruntant une route qui se déroule dans une campagne montagneuse et verdoyante. Devant un carrefour, j’hésite sur la direction à prendre. Je me fie à mon intuition et tourne à droite. À quelques pas, j’aperçois une cabane au milieu des champs et un homme au bord de la route auquel je renouvelle ma question. Cette fois, très aimablement, celui-ci pointe du doigt la cabane. En effet, après avoir marché dans un terrain boueux, trempé par la dernière pluie diluvienne, je parviens à une petite mine comportant deux puits, une pompe à eau, six ouvriers et le patron.

Mise en route à la mine, Ratnapura

Tous m’accueillent avec bonne humeur. Ici, les puits sont de trois à cinq mètres de profondeur sur deux mètres de large tandis que dans la mine de Meetiyagoda près d’Ambalangoda, le lieu d’extraction de pierres de lune le plus important de l’île, il peut y avoir des trous allant jusqu’à vingt-cinq mètres de profondeur et plusieurs galeries.

Mineur remontant du puits, Sri Lanka

Des poutres en bois maintiennent les murs du puits qui sont régulièrement tapissés de fougères fraîches afin d’empêcher l’eau de passer. De plus, une pompe à eau est indispensable pour retirer l’eau du fond de la mine et pour que les ouvriers puissent piocher. À part certains sites, généralement une mine est exploitable pendant deux ou trois ans selon sa profondeur mais quelques fois seulement un mois.

Il arrive que l’on creuse sans jamais rien trouver. Les mines que j’ai visitées au cours de ce séjour à Ratnapura seront sans doute comblées dans quelques mois ou dans quelques années. Mais si  je reviens, je constaterais que d’autres puits auront été creusés dans les alentours tant le sol de cette région est riche en cristaux de toutes sortes : 90 % du sol sri-lankais peut produire des pierres, surtout autour de Ratnapura. L’industrie minière de ce pays est l’une des plus anciennes du monde : elle existait déjà 500 ans avant J.-C…

(suite 2)