Carnet de voyage (Guinée 2012-3)

Mines autour de Kindia

Ce matin à l’horizon se lève un soleil qui promet et tiendra parole…

En Land Rover, ma fille, mon beau-fils et moi quittons la route avant Kindia à la recherche du Guinéen qui pourra nous indiquer l’endroit des mines.
Arrêts fréquents pour demander notre chemin parmi les sentiers et les pistes rebelles semés de petits villages de cases où l’apparition d’un Foté (un Blanc) surprend encore.
En nous enfonçant dans les terres, le lieu-dit «Khaliasori», établi phonétiquement par mon contact à Conakry, devient «Galiagori» plus recevable par les oreilles du secteur.
Ainsi nous parvenons à Gare, l’ancienne gare ferroviaire de Friguiagbé construite par les colons français. Nous découvrons les vestiges de ses bâtisses où les villageois étendent la lessive du jour mais pas les rails qui transportaient les passagers jusqu’à Kankan.

Friguiagbe ancienne gare Guinée

Après une attente dans le bar du village, où nous recevons des informations sur la vie des mineurs, monsieur Balla Soumah nous rejoint en 4×4. Nous le suivons à travers la brousse jusqu’à la maison qu’il a fait construire où il vit depuis sept mois avec sa femme blanche.
Ce musicien à la retraite, qui a battu le djembé pendant vingt-huit ans dans les salles de spectacle parisiennes, possède un grand domaine où vivent de nombreuses familles. Il évoque une sorte de chef de village généreux quand il expose ses idées pour améliorer les conditions de vie des habitants.
Sur ses terres, des trous prouvent que la prospection du diamant continue, bien que ces mines ne donnent que de petites pierres. Ici, pas de gros barbelés ni de bulldozers. Nous comprenons pourquoi aucune société importante n’a investi pour acheter les pelleteuses nécessaires à l’extraction des diamants restés en sous-sol. Autrefois une petite ruée a tenté sa chance mais s’est vite retirée par manque de moyens pour creuser en profondeur, avec le risque de ne pas trouver de pierres intéressantes. En effet, posséder une concession ne suffit pas ; encore faut-il que le terrain promette en poids et en qualité pour couvrir les dépenses entraînées par l’achat des machines et ensuite générer des bénéfices. Ici, seules les pompes, indispensables, assistent le travail des mineurs en évacuant l’eau.

Mine de diamants vers Kindia Guinée

Les trous creusés provoquent des arrivées d’eau venant de terrains perméables. La pompe sert à évacuer cette eau au fur et à mesure qu’elle monte, permettant ainsi aux mineurs de continuer à creuser. Sur ces gisements alluvionnaires, enlever l’argile et atteindre les diamants demande environ un mois. Cependant, les ouvriers peuvent creuser un trou à la pelle durant trois mois, les pieds dans la boue grise. Travail pénible sous le soleil sans concession de la brousse. Le mineur ne reçoit aucun salaire. Quand il trouve une pierre, il la montre au patron qui soustrait le prix évalué de son «ardoise».

Mineurs mine diamants vers Kindia Guinée

Avant les premières mines, cette région trouée de cratères gris verdissait de plantations. Restent encore des parcelles cultivées, arpentées par les gracieux ibis blancs.
Balla et Chris parlent de leurs projets en surveillant amoureusement leur plantation d’ananas.
L’épouse nous introduit dans les salles fraîches de la maison. Révélant qu’elle s’intéresse à la lithothérapie, elle m’ouvre les portes de sa «crypte» abritant des cristaux censés capter l’énergie. Nous admirons son magnifique pendentif : une pépite d’or natif trouvée par son mari.
Parfois des enfants apportent à Balla des pierres ramassées sur ses terres. Il les garde précieusement dans l’attente de la personne qui pourra les identifier. Un mineur nous rejoint muni d’un petit diamant enveloppé dans un bout de papier. Je leur apprends à observer à la loupe chacun des échantillons. J’ajoute quelques conseils pour les aider à reconnaître le diamant parmi les pierres incolores. A l’occasion d’un prochain voyage à Paris, ils achèteront les appareils de base.
Balla révèle que dans le passé les mineurs ont souvent été roulés par des gens sans scrupule. Ainsi, l’ignorance et l’impossibilité de suivre une formation a contraint la plupart d’entre eux à délaisser l’exploitation. Pour Balla, qui préfère développer l’agriculture à cause des relations difficiles, voire dangereuses, liées au monde du diamant, pas de problème d’argent. Par contre, certains persistent à exploiter les mines, même pour de petites pierres : si cinq ou trente dollars restent négligeables au-delà des mers, pas ici…
Après les adieux, nous réinvestissons ce cher 4×4 sans lequel nous n’aurions jamais pu atteindre cet endroit.

Avant de démarrer, mon beau-fils me tend un rubis brut, garanti non traité ! Balla Soumah me le donne en remerciement…

(suite 4)