Carnet de voyage (Sri Lanka, Ratnapura 2008-2)

Ratnapura

Je remonte la rue des bijoutiers talonnée par un essaim de vendeurs, sans la protection d’une moustiquaire… Ils exhibent des plis où apparaissent des pierres intéressantes mais souvent mal taillées. Énormes baudruches, les prix demandés se dégonfleront au cours de la marche et du marchandage…

Dans une ruelle voisine, des lapidaires travaillent selon des techniques traditionnelles.

Lapidaire traditionnel, Ratnapura Sri Lanka

Je traverse le pont de la rivière en crue depuis les pluies diluviennes de la nuit. A cet endroit, elle reçoit un de ses affluents et tous deux s’entendent pour s’étendre bien au-delà de leur territoire, recouvrant les rives, les pieds des arbres et les sentiers de terre rouge. Les feuillages des arbustes apparaissent, têtes touffues sortant de l’eau. Dès cet après-midi, les villageois pourront emprunter le pont de bois soutenu par des chaînes. Ce matin ses planches disjointes baignent encore dans l’eau.

A la mine, les ouvriers ne reprendront pas le travail avant longtemps : une épaisse nappe liquide recouvre le terrain. Heureusement, les montants de bois étayant les puits restent visibles ; ils délimitent la surface des trous et préviennent ainsi les chutes.

puits de mine inondé, Ratnapura

Un oiseau sombre au cri étrange m’intrigue : il se suspend à la branche d’un arbre et je découvre une multitude de chauves-souris accrochées en lourdes grappes brunes ! Un passant m’explique qu’elles colonisent tous les arbres de la rive. Le soir, elles envahissent le ciel en nuées noirâtres, mais, assure-t-il, elles ne se transforment pas en vampire…

La montée des eaux porte les animaux sauvages vers la route : un varan effrayé s’enfuit en brassant l’eau de ses courtes pattes. En ville, près de l’hôtel, mon pied évite de justesse un gros serpent noir qui se coule vivement dans les hautes herbes du talus.

D’un accord tacite,  des oiseaux se posent sur les fils électriques,  notes noires dispensant une inaudible musique…

Dans un temple situé sur une hauteur, des peintures illustrent les étapes marquantes de la vie de Siddharta. Au cœur du sanctuaire, derrière les portes gardées par des statues, je découvre un bouddha surprenant de grandeur et de sérénité…

Une polisseuse me montre les inclusions de la sinhalite qu’elle vient de tailler pour moi. Cette gemme fut découverte à Ceylan, d’où son nom qui vient du cinghalais. Pourtant, peu de bijoutiers la connaissent. Le plus souvent, ils me présentent une boîte contenant des pierres de différentes couleurs et m’invitent à chercher. Parfois, ils tentent leur chance en avançant une tourmaline ou un zircon. Mais, si encore trop de commerçants ignorent la gemmologie, certains ici possèdent un diplôme. Grâce à eux, le Sri Lanka sera toujours Ceylan, l’île aux gemmes…

Clémence Jude, août 2008

Mon manuel d’initiation à la gemmologie sur le Sri Lanka donne de nombreux renseignements pratiques pour se rendre sur les marchés aux pierres et sur les mines ; lisez sa présentation en cliquant sur ce lien :

 http://gemmo.fr/livre-gemmologie-guide-de-terrain-sri-lanka