Carnet de voyage (Sri Lanka 2001-2)

Ratnapura

La première opération consiste à extraire la terre porteuse de gemmes appelée en cingalais illam. Dans ce but, les mineurs creusent sous un soleil de plomb, et parfois sous la pluie, de 8h à 17h. Ils atteindront l’illam dans la zone humide, environ à trois mètres de profondeur. Deux hommes piochent tandis que deux autres envoient des pelletées d’illam qu’un ouvrier situé en haut du puits recevra dans un autre panier avec une habileté remarquable sur un rythme à la précision de métronome : on pense à une danse pas même interrompue lorsque je leur parle.

Inévitablement, le patron me présente des pierres, je ne résiste pas à la tentation de regarder un beau grenat hessonite et ces rubis et saphirs magnifiquement étoilés. Pendant ce temps les ouvriers commencent la seconde opération : le washing, qui consiste à laver et à tamiser l’illam qu’ils ont remonté du fond du puits. L’un d’eux remplit une corbeille en osier de la précieuse terre qu’il lave dans l’eau ocre jaune d’un bassin en effectuant des mouvements de rotation répétés. Déjà, il tente de distinguer les gemmes des cailloux.

Mineur tamisant l'illam, Sri Lanka

Ensuite a lieu le sorting ou triage : un ouvrier prend la corbeille et la pose à terre ; il s’agenouille devant, les mains jointes dans une attitude de prière, puis, maniant le panier de façon à ce que la lumière du soleil se réfléchisse sur les pierres, il commence à chercher et à trier. Il en trouve plusieurs que j’achète en souvenir de ce moment.

Sur le chemin du retour, un homme au visage sombre, entièrement vêtu d’une étoffe blanche, me donne un quartz fumé. J’apprécie d’autant plus ce geste qu’il est gratuit car après quelques pas il disparaît. C’était sans doute un bon génie…

On extrait aussi des pierres dans le lit des rivières. Au-dessous de l’endroit choisi, on construit un remblai sur la rivière afin d’empêcher les cristaux de rouler dans le courant. À l’aide de longues perches, les ouvriers drainent le maximum d’illam vers ce remblai. Ensuite, on lave l’illam et on trie les pierres.

Mineurs dans la rivière Kalu Ganga, Ratnapura

Tourmaline verte et brune, Kalu Ganga s’étend généreusement entre deux rives luxuriantes de grands bananiers à la sortie de Ratnapura. D’un côté, des gens se baignent vêtus de leur longi (longue étoffe que l’on enroule autour des hanches) ; en son milieu, des femmes lavent leur linge sale en famille à grands coups de battoirs tandis que non loin les hommes portent de lourds sacs dont ils tamiseront le contenu dans l’espoir d’y trouver des cristaux. Les pieds dans l’eau, j’ai trouvé des morceaux de mica et de quartz qu’un rayon de soleil m’a chaudement désignés… Ici, dans la rivière, pas d’imitation, le seul verre que l’on trouve étant du tesson de bouteille !

Boîte de pierres de couleur, marché aux pierres, Ratnapura

Il n’en est pas de même au marché aux pierres, découvert par hasard alors que je flânais dans les rues de la ville : ici, les verres et les synthèses se mêlent dangereusement aux vraies pierres.

Dans ce marché en plein air où les vendeurs se promènent en ouvrant des plis au contenu plus ou moins précieux, où ils se groupent au milieu d’une rue pour juger de la luminosité d’une pierre brute en l’éclairant d’une torche, j’ai aussi vu de très belles gemmes… C’est ici que la plupart des marchands viennent acheter. Certains possèdent une mine et une usine ; ils sont à la recherche de pierres brutes qu’ils feront tailler dans leurs ateliers. Pour l’instant ils s’émerveillent devant mes instruments et ils font même la queue pour les essayer ! L’observation de la séparation des couleurs d’une cordiérite grâce au dichroscope restera un moment magique pour eux comme pour moi, même si ce n’est pas de la même façon…

Clémence Jude, juin 2001

http://gemmo.fr/livre-gemmologie-guide-de-terrain-sri-lanka