Carnet de voyage Cambodge (suite)

Jammy m’a aimablement déposée devant le magasin d’un gembroker où je pourrai assister au chauffage des zircons demain matin. Je demande à monsieur Leng, le négociant en gemmes, pourquoi certaines pierres sortent bleu ciel du four et d’autres bleu intense. Il répond que l’on ne contrôle pas la couleur du zircon par le chauffage. Ces nuances proviennent de la couleur naturelle de la pierre : plus elle tire vers le brun sombre, plus elle montrera un bleu profond. Il admet que la couleur de la pierre traitée peut partir.

Il vend de nombreuses variétés de gemmes, notamment de beaux zircons brun doré et des améthystes au violet intense. Il travaille principalement avec Chanthaburi par commandes    téléphoniques et avec Phnom Penh où des femmes riches demandent de grosses pierres.

 

Ce matin monsieur Leng trie les zircons destinés à la chauffe et il les expose dix minutes au soleil pour retirer l’humidité laissée par le nettoyage.

Chargé des pierres à traiter, son frère m’emmène en moto visiter leur atelier de lapidaires où j’observe six ouvriers facettant des gemmes.

Nous remontons sur la moto pour aller sur le lieu de traitement : un grand hangar ouvert abritant des sacs de charbon, deux fours, un moteur, des verres en céramique et des bols noirs posés sur le sol.

 

Le burner commence par alimenter le four en charbon ; il souligne qu’une bonne qualité de charbon donne une couleur plus attractive. Il attise la flamme : elle crépite en s’élevant très haut, magnifique.

Pendant que le feu prend, il prépare une sorte de ciment et il remplit un verre en céramique des zircons qu’il a apportés. Il ferme le couvercle et le cimente pour empêcher que les pierres ne se répandent dans le four. Il passe le ciment au chalumeau pour l’assécher et vérifie l’état du feu, l’attise, rajoute du charbon… Il retourne vers le verre en céramique et donne de petits coups de couteau dans le ciment pour éviter l’éclatement. Il met le verre dans un bol noir qu’il soude en le cimentant et qu’il passe aussi au chalumeau. Il introduit le bol dans le four et le recouvre de charbon.

Une heure après, il sort le bol et le laisse refroidir. Il ferme le hangar et me raccompagne au magasin.

 

Le réceptionniste m’envoie vers son jeune fils qui connaît la région de Lumphat où des paysans en petit nombre creusent pour trouver du saphir et un peu de zircons. Pour les repérer, il faut prévenir de notre arrivée cinq jours avant. Ils cherchent aussi des pierres dans de petites rivières. La période de juin à début décembre quand l’eau baisse se révèle le meilleur moment pour les rencontrer. En janvier, il est pratiquement impossible de creuser la terre dure et caillouteuse, noire dans cette région. Un peu plus tard, Jammy me confirme que je dois revenir à la saison des pluies.

Je ressens un pincement au cœur à l’idée de quitter Ban Lung… Demain, je partirai pour Kratie (prononcez kratshé). Vaccinée contre les gares routières cambodgiennes, j’achète mon billet à la guesthouse où un véhicule passera me prendre. Sur le ticket, la date et l’heure apparaissent en anglais mais la destination, écrite en kmer, reste un mystère : question de confiance…

Clémence Jude, Ban Lung, janvier 2018

Vidéos sur la mine, les métiers de la bijouterie et le chauffage des zircons