Carnet de voyage (Delhi 2007)

Delhi

Enfants, Paharganj Delhi

Les diseurs de bonne aventure écument le quartier de Paharganj. L’un d’eux, libraire et voyant d’occasion, m’affirme que les gens viennent en Inde pour le consulter; il peut me dire quelles pierres je dois porter selon la position des planètes de mon horoscope pour qu’elles transforment les mauvaises influences en forces positives. Il me vante l’ampleur de ses dons en m’entraînant vers une petite boutique où il veut me donner toute son énergie… Dans un café un astrologue pose un cristal de roche sur le troisième œil d’une femme et lit dans une main les événements de demain.

Des voyageurs du monde entier se rencontrent ou se croisent dans ce quartier aux ruelles truffées de petits hôtels fréquentés dans les années 70 par les babas. Certains devenus saddhus, déambulent drapés dans un tissu ou parfois nus sous leur longue chevelure ; d’autres voyagent ou vagabondent au gré des moussons dans les régions mythiques de l’Inde chères aux hippies : Manali, Rishikesh, Varanasi, Goa… Ces vieux freaks aux lourds dreadlocks passent bagués, tatoués, témoins rescapés d’une époque mythique, fascinés par une Inde dont ils ne sont jamais revenus…

Mes premières impressions sur les bijoutiers de Paharganj se révèlent plutôt favorables. Si la pierre de soleil et le verre aventuriné se côtoient dans les vitrines, le vendeur m’avertit de la différence avant que je ne conteste. De même il me prévient que ces colliers de ce rouge rubis très trompeur doivent leur couleur à la teinture. Difficile pour le néophyte de différencier le vrai du faux et la couleur naturelle du teinté dont la belle nuance ne résistera pas à une douche, fut-elle due à la mousson indienne…

Je contiens mes réactions devant les labradorites vendues pour des pierres de lune. Cette variété incolore, reconnaissable à la loupe à condition de connaître ses inclusions, se confond avec la pierre de lune dans presque toute l’Asie. Désormais je n’ouvre plus le débat : je ne suis pas venue pour donner des leçons…

Eléphant Delhi, Inde

La promenade au grand marché permet de se reposer de l’ardeur du soleil filtrée ici par les feuillages des arbres. L’abondance des mangues, goyaves, papayes arrosées fréquemment donne une sensation de fraîcheur. Par contre les poulets entassés dans des cages dégagent une odeur de plumes mouillées qui ferme l’appétit et, à part les mouches, personne ne s’attarde devant les morceaux de viande crûment accrochés. Paradoxalement les étals des bouchers peuvent donner, au moins le temps du séjour, un goût pour la cuisine végétarienne.

Tandis que le bus me transporte de Delhi à Jaipur, un pendentif bleu azur attire mon regard. Nul besoin de sortir la loupe pour reconnaître une fausse turquoise : une howlite ou une magnésite teinte trompe facilement un œil non averti…

Un soleil dense écrasant les collines, des singes jouant dans les palmiers, le regard hautain d’un chameau et deux éléphants pompeusement harnachés annoncent le Rajasthan.

(suite)