Carnet de voyage (Madagascar 2005-2)

Pas de « mineurs » à la mine

La fin août approche, les touristes repartent, la saison s’achève. Voici le meilleur moment pour marchander les prix toujours élevés pour le vazaha, l’étranger. Je visite plusieurs marchés ; je cherche les gemmes nécessaires à mon cours : une véritable course au trésor car certaines restent inconnues, même ici.

Cahutes bijouteries, lac Andraikiba, Madagascar

Mais sur les rives du lac Andraikiba situé à 7 km de Antsirabe en prenant la route de Betafo, des cabanes en bois rehaussées de couleurs vives abritent de modestes marchands de pierres aimables et souriants. La plupart d’entre eux connaissent bien leur métier. J’observe à la loupe les inclusions rares propres aux cristaux de Madagascar et les belles aigues-marines dont le bleu si profond épouse les eaux du lac.

Rencontré sur la foire aux mines, René William, président des exploitants miniers de la région, possède une mine située près de Antanifotsy. Nous décidons de nous y rendre cet après-midi : une véritable petite expédition.

Rive du lac Andraikiba, Antsirabe

Bijoutiers au lac Andraikiba, Madagascar

Nous allons en bus à la gare du Nord pour louer un véhicule. Là, j’assiste patiemment à de longues négociations en malgache entre le propriétaire de la mine et celui d’un taxi-brousse. Enfin ils parviennent à un accord. Nous partons donc pour Antanifotsy. Pour rentabiliser au mieux le voyage, le taxi s’arrête souvent en prenant à son bord des paysans qui attendent une occasion sur les côtés de la route. Ils chargeront tellement le coffre arrière de la voiture de leurs légumes qu’on ne pourra plus le fermer.

À Antanifotsy tout le monde descend. Nous nous retrouvons à trois dans la voiture qui, ainsi allégée, bondit de légèreté sur une piste cahoteuse de terre rouge. Elle nous conduira à 2000 mètres d’altitude, à environ 22 km de la ville. La voiture n’est pas de la première jeunesse et montre des signes de faiblesse. Nous subissons des arrêts fréquents à cause de problèmes de moteur. Nous repartons toujours dans la bonne humeur. Il y a un côté increvable dans ces taxis-brousse qui semblent composés de morceaux de véhicules morts qui se bricolent ainsi une nouvelle vie.

Pas de chance : soudain il pleut ! Les mineurs ne m’attendront pas à la mine !

Vite, le chauffeur relève les vitres, ce qu’à première vue je pensais impossible ! Je les croyais avalées par l’intérieur de la portière. Il me prouve rapidement le contraire : il passe son bras dans la carcasse de la porte et, après des efforts évidents, il parvient à hisser la vitre. Quand il la tient fermement, il la cale avec le manche d’une brosse à dents usagée qu’il retirera discrètement dès que la pluie aura cessé ! Même scénario pour l’autre vitre… En peu de temps l’intérieur de la guimbarde est tenu à l’abri.

On repart sous une pluie qui tombe vraiment très fort sur le pare-brise. Je suis sûre que les essuie-glaces sont cassés ! Je préfèrerais pourtant qu’ils fonctionnent pour éviter les accidents car la route reste invisible derrière ce rideau de pluie. Pas de panique ! Le chauffeur arrête la voiture de temps en temps, ouvre la portière pour essuyer rapidement la pluie du revers de la main et reprend habilement la conduite en gardant le sourire !

Cette fois la voiture doit s’avouer vaincue : elle ne peut plus gravir la piste ingrate qui s’avance devant nous. Nous devons donc continuer à pied, René William et moi, tandis que le conducteur ouvre le capot du véhicule et inspecte consciencieusement ses entrailles pour prévenir une éventuelle défaillance car bientôt nous devrons repartir et nous sommes très loin de toute agglomération.

(suite 3)