Carnet de voyage (Madagascar 2005-1)

Pas de « mineurs » à la mine

Vue de Tananarive, Madagascar

Je quitte Tananarive pour Antsirabe située à 1400 mètres d’altitude, la ville la plus froide de l’île. Inutile de chercher une voiture : elles se pressent déjà autour de moi. Je monte dans une deux chevaux, étonnante à cet endroit ! Notre vieille automobile se fait ici une nouvelle jeunesse : le plus souvent peinte en beige, elle sillonne la ville en travaillant à plein temps pour la corporation des taxis et elle n’a rien perdu de son charme.

À la gare des taxis-brousse, je suis prise en mains, soulevée, transportée, pas de gré mais de force, dans un véhicule où, m’assure-ton, on n’attendait que moi pour partir ! Une fois installée, je comprendrai que nous devrons nous serrer toujours plus pour accueillir de nouveaux voyageurs et, enfin, démarrer dans une voiture si chargée que l’arrière rase le sol.

Pause déjeuner taxi-brousse, MadagascarTandis que nous roulons, je découvre les larges vallées ponctuées de cultures en terrasse, les paysans, les pieds dans l’eau, penchés sur les rizières et, sur le bord des routes sinueuses, les étalages colorés des maraîchers…

À cause de ses eaux thermales riches en chlorure de sodium la ville a été nommée « Antsirabe » qui signifie « là où il y a beaucoup de sel ». Surtout du sel gemme ! En effet, Antsirabe est une plaque tournante du commerce de nombreuses gemmes. Une foire aux mines commence aujourd’hui.

Une nuée de pousse-pousse aux couleurs vibrantes m’assaille, me cerne, forme un mur infranchissable. Le conducteur le plus hardi me déleste de mon sac, m’assoit, m’emporte vers l’hôtel dont je lui crie le nom. Celui-ci a le charme des bâtisses anciennes : planchers grinçants, portes disjointes, air frais garanti ! J’y grelotte le matin à l’heure de la douche dont l’eau chaude est une appellation non contrôlée ! J’y grelotte sous mes pulls, sous mon blouson dans la salle du restaurant où un vent glacial se faufile et s’invite à ma table ! Mais dès que je pointe mon nez dehors, le soleil m’accueille chaleureusement tandis que les propriétaires des pousse-pousse se ruent sur moi car ils ne savent pas encore que je préfère la marche à pieds.

La plupart d’entre eux viennent de la campagne où les attendent femme et enfants. En saison, c’est-à-dire quand le thermomètre du tourisme monte au plus haut, ils travaillent 24 heures sur 24, envoient régulièrement de l’argent à leur famille qu’ils ne voient qu’aux jours fériés et en basse saison. Ils forment une petite corporation respectée à Antsirabe car ils vivent ensemble en bonne intelligence. Ils louent à plusieurs une grande maison où ils dorment à la saison des pluies. Mais nous sommes en hiver aussi ils passent la nuit sous une couverture dans leur pousse-pousse à la porte des hôtels. Souriants mais tenaces, ils parcourent les rues et les ruelles de la ville en courant nu-pieds. Souvent ils personnalisent leur voiture de dessins, de peintures et parfois d’un prénom. Ainsi j’ai souvent croisé un pousse-pousse nommé « Anonyme » qui portait bien son nom car je n’ai jamais réussi à voir le visage de son propriétaire.

(suite 2)